« La Terre peut-elle accueillir davantage d'êtres humains? »
 
L'auteur de l'article (Louis Maurin) commence par rappeler qu'il s'agit là d'une question récurrente, mais qu'après coup, l’humanité y a toujours répondu positivement: « A la fin des années 60, la population mondiale ne comptait encore que 3 milliards d’habitants (…) et l’on s’inquiétait déjà des perspectives d’avenir: on imaginait mal la planète capable d’accueillir 7 milliards d’individus 50 ans plus tard. C’est pourtant le cas aujourd’hui ».
Ce à quoi on peut tout de même objecter que le doute ne concernait pas réellement la "possibilité" de l’accueil, mais le fait que celui-ci se fasse dans des conditions "acceptables". Or de ce point de vue, nous sommes loin du compte puisque 1 milliard de personnes sont sous-alimentées (dont 80% sont des ruraux) et [ce ne sont donc pas les mêmes] un citadin sur trois vit dans un bidonville
(soit un milliard de personnes à l’échelle de la planète), et ce sans électricité, ni eau, ni accès aux services de base.
Et donc, en ne prenant en compte que ces deux critères (alimentation déficiente & habitat insalubre), il y a près d’un humain sur deux* qui depuis la fin des années 60 n’a pas été accueilli dignement (et c’est un euphémisme)…
L’article lui-même fait d'ailleurs état d’une autre source de l’ONU selon laquelle « près des 2/3 des habitants des villes d’Afrique subsaharienne vivraient entassés dans des bidonvilles ».

Parlant ensuite d’une « schizophrénie de la population mondiale », l’article met en parallèle les pays riches
« qui se lamentent de ne plus faire assez d’enfants » [notons au passage que cette plainte est surtout diffusée par certaines "élites", mais qu’il n’est pas sûr qu’elle soit reprise par les populations elles-mêmes car sinon ces dernières agiraient peut-être différemment], les pays en voie de développement avec leurs taux de natalité « qui se rapprochent des tendances occidentales », et les pays pauvres qui ont encore une "démographie galopante": « Depuis 1970, les pays pauvres ont déjà accueilli trois milliards d’êtres humains supplémentaires. C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que la situation de leur population s’est peu améliorée et que la pression humaine sur l’environnement s’est encore accrue, notamment par le biais de la déforestation ».

Sachant donc que les pays les plus démunis "devraient" encore accueillir 2,2 milliards d’individus supplémentaires, le journaliste se pose la question de la "faisabilité": il parle de
« difficultés considérables », souligne que « la Terre ne pourra pas supporter la généralisation à toutes les régions du globe des modes de production et de consommation des pays riches » et qu'il incombe à leurs habitants de transformer leur mode de vie tant dans le domaine de l'alimentation: si tous les Terriens mangeaient autant de viande que les américains « les récoltes actuelles de céréales ne nourriraient que 2,5 milliards de personnes »), que dans celui de la locomotion: « Si toute la planète vivait à l'heure américaine, (…) elle serait envahie par 7 milliards de voitures contre un milliard aujourd'hui. Notre environnement (…) n'y résisterait pas ».

Il ajoute à juste titre que « il serait immoral - et de toute façon impossible d'empêcher - les habitants des pays en développement de profiter des bienfaits de la société de consommation dont jouissent aujourd'hui les pays riches au motif qu'il faudrait préserver la planète ».

Comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises, nous souscrivons à ces mesures d’économie et à ce changement de mode de vie, car la situation est d'ores et déjà insoutenable (sur le plan humain comme il a déjà été rappelé au début, mais aussi sur celui des dérèglements climatiques et de la saignée pratiquée sur la faune sauvage), cependant nous émettons des doutes sur la possibilité de transformation « de fond en comble » dont il est question dans la conclusion de l’article (voire la récente tragi-comédie de la "contribution carbone" française).
Par ailleurs, nous pensons que l'argumentation invoquée par les démographes n'est pas honnête: en effet les prévisions pour 2050 ne sont en rien inéluctables. Un sursaut démocratique, que des organisations (comme Démographie Responsable) cherchent actuellement à promouvoir, pourrait très bien pousser la communauté internationale à mettre en œuvre des politiques favorables à la baisse des taux de natalité, et ce par le biais de mesures consensuelles maintes fois détaillées sur ce site.
 
* 1,8 / 4 = 45% ; voire 1,8 / 3,3 = 55% si l'on prend l'effectif de 3,7 milliards qui est celui de la population mondiale en 1970 (« fin des années 60 » stricto sensu).
 
Pour aller plus loin
Article, intitulé lui aussi "Sommes-nous trop nombreux", de Fédéric Joignot publié par Le Monde du 10 janvier 2009 et repris par l'auteur sur son blog.