La démographie absente des OMD
 
 
La conférence internationale sur les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) qui s’achève aujourd’hui à New York, laisse, une fois de plus, de côté la question de la démographie. D’aucuns toutefois s’en émeuvent et tentent d’alerter l’opinion sur cet oubli que l’humanité pourrait payer très cher et tout d'abord par l'échec desdits objectifs. Ainsi France-Soir a publié le 19 septembre sur son site internet un excellent article que voici, très justement intitulé :
 

La démographie : un enjeu de taille

 

Nombreux sont ceux qui considèrent que la croissance démographique est un tabou, un sujet intimement lié aux problèmes de pauvreté et d'environnement mais soigneusement ignoré lorsque les dirigeants de la planète se rencontrent. "Quand les objectifs du millénaire pour le développement ont été adoptés (en 2000), il n'y avait pas un objectif concernant la population ou l'accès à la planification familiale ", constate Alex Ezeh, directeur exécutif du Centre de recherche sur les populations et la santé en Afrique (APHRC) de Nairobi. " Cela a été une grosse erreur. Le monde ne se réveille que maintenant ", regrette-t-il.

Les acteurs des questions de population soulignent qu'une forte pression démographique va souvent de pair avec les problèmes abordés la semaine prochaine à New York. Dans les pays pauvres, une croissance démographique galopante met à rude épreuve les infrastructures, la santé et l'éducation, tout en augmentant le risque environnemental et la vulnérabilité aux effets du changement climatique.

 

Et ce alors que la population mondiale, de 6,8 milliards d'individus aujourd'hui, pourrait dépasser les 9 milliards en 2050, avec une très large majorité vivant dans les pays aujourd'hui en voie de développement. Même des investissements minimes dans l'accès à la contraception, l'amélioration de l'éducation sexuelle ou la promotion de la liberté de choix des femmes en matière de procréation pourraient être bénéfiques.

 

" Chaque dollar dépensé dans la planification familiale peut permettre d'économiser jusqu'à 31 dollars en soins, eau, éducation, habitat et autres dépenses ", estiment huit experts dans le dernier numéro de journal Science. Et pourtant, remarquent les plus critiques, l'engagement politique a toujours été timide, inexistant voire délibérément étouffé au plus haut niveau.

 

Ce n'est qu'après des protestations qu'un objectif traitant des questions de population avait été ajouté, en 2007, aux OMD : rendre l’accès à la médecine procréative universel d'ici à 2015. " Comme nous avons démarré sept ans en retard, le résultat est extrêmement décevant : 215 millions de femmes ont un besoin de planification familiale non satisfait ", affirme Gill Greer, la directrice générale de la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF) dont le siège est à Londres : Les dépenses globales dans la planification familiale ont diminué de moitié à la suite de son absence dans les objectifs du millénaire, et, aujourd'hui encore, " il existe une réticence " à aborder le sujet.

 

Un silence assourdissant que certains attribuent en partie à l'influence de l'Église catholique et des évangélistes présents dans l'ancienne administration américaine Bush, note Mme Greer. Mais certains précédents, comme les stérilisations forcées en Inde dans les années 70, ou les controverses nées de la politique chinoise de l'enfant unique sont aussi de possibles freins. " Nous pouvons commencer à agir maintenant, de façon concrète ", veut croire Andrew Dorward, professeur de développement économique à la School of Oriental and African Studies de l'Université de Londres. " Ça ne suffit pas de dire qu'être 9 milliards en 2050 va être un problème. Il faut commencer à y travailler maintenant. "

 

Décidément en veine avec les sujets proches de notre centre d’intérêt, deux jours plus tard (le 21 donc) France-Soir a également repris sur son site un article de l'AFP consacré aux risques de catastrophes urbaines et à l’habitat en zones dangereuses. Malheureusement cette fois, le lien avec la démographie n’est pas établi et si le journal constate bien que l’on s’installe parfois là ou il serait préférable de s’en abstenir, il n’est pas suggéré que la pression démographique puisse être la cause de l'ampleur de ces catastrophes. L’exemple Haïtien (pourtant évoqué) l'a cependant cruellement démontré.