La démographie responsable des difficultés des forces de sécurité dans les villes subsahariennes


Dakar, 14 avril 2012 | Agence de Presse Sénégalaise
 
Les difficultés que rencontrent les forces de sécurité à assurer la quiétude dans les villes de l’Afrique subsaharienne s’expliquent principalement par « l’explosion démographique qui a engendré la multiplication par dix de la population urbaine africaine entre 1950 et 2000 », indique le colonel Djibril Ndime, l’adjoint au responsable des ressources humaines de la Gendarmerie nationale.

« Il s’agit essentiellement du changement de configuration des villes africaines subsahariennes hypertrophiées », a noté M. Ndime, en analysant la problématique de la sécurité des villes à croissance rapide de cette région de l’Afrique, dans "La Grenade", le magazine d’informations de la Gendarmerie nationale.

Cette situation rend « inopérantes et inadaptées les mesures jusque-là appliquées », a-t-il déploré, relevant que « l’augmentation de la population s’est traduite dans toutes les villes subsahariennes par une multiplication de l’habitat dans l’espace ». « Ainsi, les villes se sont étendues de manière brutale et incontrôlée, souvent sur des dizaines de kilomètres. Le rythme d’expansion est tel que les autorités étatiques et municipales sont dépassées », constate-t-il.

Selon lui, « les villes de Lagos, Abidjan, Dakar, Douala, Kinshasa, Yaoundé… présentent les mêmes caractéristiques, à savoir des quartiers mal lotis, non assainis, ne disposant pas du minimum d’infrastructures ». Situation qui, selon lui, a « favorisé dans ces quartiers précaires la promiscuité, l’exacerbation de la pauvreté, la persistance de maladies souvent infectieuses devenant endémiques (choléra, typhoïde, sida, tuberculose…)».

« Cependant, ce qui préoccupe le plus c’est la montée exponentielle de la violence, sa radicalisation, sa professionnalisation et son extension dans des zones jusque-là épargnées comme les quartiers dits résidentiels : trafic de drogue, multiplication des gangs, mieux organisés et mieux équipés », a-t-il fait remarquer.

Les forces de sécurité, qui ne sont pas restées inactives, peinent cependant à éradiquer ce phénomène, confrontées qu’elles sont à « la modicité des moyens par rapport à l’ampleur de la tâche et le caractère non adapté des mesures ». D’après Djirbil Ndime, « les personnels commis à la surveillance des villes de Dakar, Abidjan, Lagos, Kinshasa, Douala, Ouagadougou, Niamey, Bangui, Cotonou, Monrovia, pour ne citer que ceux-là, sont insuffisants par rapport aux populations urbaines ».

A l’en croire, le « ratio policier/nombre habitants et gendarme/nombre habitants est largement en deçà des normes internationales ». « Il en est de même pour les moyens matériels divers, particulièrement ceux de la mobilité et des télécommunications ». Une situation à laquelle viennent se greffer « la corruption des agents des forces de sécurité, leur collusion avec les délinquants, le déficit en formation, le manque de collaboration des populations et les insuffisances dans la recherche et l’exploitation des renseignements ».

Toutes choses qui font qu’une « nouvelle approche s’impose aux gestionnaires des villes africaines subsahariennes afin de déterminer des mesures appropriées contre l’insécurité.»