Un démographe titulaire d'une nouvelle chaire au collège de France

 

Est ce un symbole ou bien un frémissement qui indiquerait que peu à peu la société prend conscience des enjeux dont Démographie Responsable tente de souligner l’importance ?
Le collège de France vient de confier à un démographe, Henri Leridon, sa nouvelle Chaire Européenne de Développement Durable, Environnement, Energie et Société (long titre et vaste programme !) Le chercheur assurera la première des cinq années d’enseignement prévues.
La conférence inaugurale sur le thème "De la croissance zéro au développement durable" a été donnée le 5 mars dernier et se trouve disponible via
ce lien

Henri Leridon est un spécialiste des phénomènes de transition démographique (période de forte expansion de la population liée à une baisse sensible de la mortalité et à un maintien plus ou moins durable des taux antérieurs de natalité, généralement fort élevés).
Mais Henri Leridon est également un grand connaisseur de l’économie et nous montre avec talent combien la question des fondements et de la durabilité de la croissance démographique ou économique a été étudiée par les premiers démographes et économistes (à l’époque la distinction des fonctions n’était pas si pointue). Condorcet, Malthus, Smith, Ricardo ou Marx se posaient des questions de fond tandis que nos économistes modernes tendent à ne débattre que des modalités de la croissance.
On trouvera dans cette conférence quelques rappels de la démarche du club de Rome et quelques réflexions sur le problème de l’actualisation du futur.
Si l’on excepte un hommage à Alfred Sauvy, nataliste hyper convaincu, ainsi qu’une remarque selon laquelle « le débat sur la surpopulation n’a plus guère de sens aujourd’hui » (avec une argumentation bien peu convaincante !) Henri Leridon tient quelques propos
* que peu de démographes ont le courage de tenir et qui sont parfois proches des nôtres.
Les prochaines conférences seront plus particulièrement consacrées à la question démographique et devraient donc retenir notre intérêt.

 

*Quelques citations de Henri Leridon tirées de sa conférence

«Il est clair que les épisodes de croissance à 3% par an qu’ont connu et que connaissent encore certains pays ne peuvent être que des accidents de l’histoire, proprement insoutenables dans la durée. Rappelons qu’à ce rythme la population double tous les 23 ans. La maîtrise de la fécondité par les couples est devenue une nécessité absolue, une conséquence directe de la baisse du taux de la mortalité.»

«L’heureux père de 8 enfants dans un pays d’Afrique ou d’ailleurs qui croit perpétuer ainsi la tradition de ses ancêtres se trompe lourdement. Certes sa grand-mère a peut-être accouché 8 fois, mais jamais sa famille n’a véritablement compté 8 enfants car 2 d’entre eux étaient décédés avant 1 an et guère plus de 3 étaient encore en vie à 20 ans. Alors qu’aujourd’hui avec une espérance de vie de 55 ans, 6 des 8 enfants atteindront leur 20° anniversaire. Il est regrettable que certains responsables politiques ou religieux, y compris au Vatican, n’aient toujours pas pris en compte cette évolution pourtant indiscutable et irréversible et qu’ils s’opposent toujours à l’emploi de moyens contraceptifs efficaces, même au sein du mariage.»

«Pour un continent comme l’Afrique qui détient le record de la croissance annuelle, la population passera de 800 millions à 2 milliards en 50 ans, après avoir déjà doublée en 25 ans. De quoi justifier les inquiétudes qui se sont fait jour à la fin des années 50 et dans la décennie suivante et qui allaient prendre un tour nouveau avec en 1968 la publication de "The Population Bomb" de Paul Ehrlich.»

«L'alarme des année 70 s'est aussi traduite par le lancement de programmes de planification familiale parfois liés aux plans de développement et dont l'acceptation conditionnait même quelquefois l'aide financière de certaines agences internationales. Mais certaines voix se sont élevées pour dire que la croissance démographique n'avait pas forcément que des inconvénients.»

«Le taux moyen d’enfants par femme est passé de 5 à 2,7 en une quarantaine d’années (alors que le taux de remplacement est de 2,1 / 2,2 ). C’est dire que la plus grande partie du chemin (80%) a déjà été parcourue et le seuil de 2,2 pourrait être atteint en 2030. On ne voit guère comment il serait possible d’aller beaucoup plus vite même si certains pays d’Afrique ont encore des taux de croissance très élevé et probablement trop élevé.»

«A moins de se placer dans l'optique de la "Deep Ecology"pour laquelle l'homme n'est qu'une espèce parmi d'autres, sans droits particuliers sur la Terre, mais avec un pouvoir de nuisance démesuré, il faut bien considérer que l'homme se situe au centre de nos problématiques»...