G8 : lutter contre la mortalité maternelle

 

Nous relayons ici un appel au G8 de Julien Potet, d'Oxfam France, dont l'original est disponible ici

 

Commençons par une bonne nouvelle : le Canada, qui accueille le prochain G8 fin juin, propose de s’attaquer en priorité à la mortalité maternelle. Chaque jour dans le monde, un millier de femmes meurent en couches ou juste après l’accouchement. L’Afrique sub-saharienne affiche des risques de mortalité maternelle inacceptables. Par exemple, plus d’un accouchement sur 100 en Sierra Leone se termine de manière tragique par le décès de la mère.

Le plan canadien d’amélioration de la santé maternelle inclut un large éventail de mesures ciblées ayant fait la preuve de leur efficacité. Tant mieux. Mais, pour l’heure, il reste relativement flou sur les mesures de fond à entreprendre.

1. Planification familiale volontaire

Pourtant des solutions existent. D’abord, il faut défendre le droit des femmes à disposer de leur corps et à maitriser leur fécondité. Cela passe notamment par un accès universel à la planification familiale volontaire, très négligée par l’aide internationale ces dernières années. 137 millions de femmes, dans les pays en développement, ne désirent pas avoir un enfant dans l’immédiat, mais n’ont pas accès aux méthodes modernes de contraception. Près de 15% des décès maternels, dans les pays du Sud, sont la conséquence d’avortements non sûrs réalisés le plus souvent dans la clandestinité… Il est urgent de leur proposer des moyens de prévenir les grossesses non désirées Le gouvernement du Canada a certes accepté d’intégrer la planification familiale dans son initiative. Mais, pour des raisons relevant plus d’une certaine idée de la morale que de la santé publique, il maintient son veto à l’appui d’organisations œuvrant à rendre les avortements plus sûrs.

2. Soins gratuits

D’abord, le G8 doit réaffirmer l’importance d’offrir des soins gratuits pour les femmes enceintes. Toutes les expériences le montrent : quand les soins obstétricaux sont proposés gratuitement, le pourcentage d’accouchements réalisés à l’hôpital avec l’assistance de personnels qualifiés, et non à domicile avec des accoucheuses traditionnelles insuffisamment formées, grimpe en flèche ! Seulement voilà, cela a un coût : l’initiative de gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants lancée par la Sierra Leone le mois dernier est estimée à 91 millions de dollars pour 2010.

3. Formation médicale

Autre mesure de fond incontournable : former davantage de professionnels de santé. Il en manque près de 4 millions dans le monde, dont 350 000 sages femmes. En outre, en raison de conditions de travail très précaires et de rémunérations très insuffisantes, de nombreux médecins et infirmières ne peuvent résister à la tentation de migrer à l’étranger ou vers le secteur privé. Il faut fidéliser ces personnels là où ils sont indispensables en leur offrant notamment des conditions de vie et de travail décentes. Après des décennies de vaches maigres imposées par les institutions financières internationales, les pays en développement doivent investir massivement dans les ressources humaines de leurs systèmes publics de santé. Le G8 et les bailleurs de fonds internationaux ne doivent pas se contenter de déclarations d’intentions, ils doivent présenter des objectifs chiffrés.

4. Les infrastructures sanitaires

Enfin, les infrastructures sanitaires doivent être renforcées. On estime que 15% des accouchements nécessitent une césarienne pour garantir la survie de la mère et de l’enfant. En Afrique sub-saharienne, 2% des accouchements seulement se réalise par césarienne. Il est indispensable d’améliorer la couverture géographique en unités de soins proposant césarienne et transfusion sanguine en cas d’hémorragies post-partum. Pour l’heure, le plan canadien reste muet sur ce point.

Le G8 doit faire preuve de courage politique : il doit s’attaquer aux défaillances profondes des systèmes de santé au Sud. Il manque une quarantaine de milliards de dollars tous les ans dans les 49 pays les plus pauvres du monde pour mettre à niveau leurs systèmes de santé. Un coût bien faible au regard de l’accès aux soins de santé de qualité pour tous, et en particulier pour les dizaines de millions de femmes qui tous les ans, courent le risque de mourir en donnant naissance.

 

Pour aller plus loin, lire les 2 articles que nous avons déjà consacrés au G8 :

Aide au développement, la contraception à l'ordre du jour du prochain G8 ?

Canada: Hillary Clinton s'exprime sur la santé maternelle

 

Article Le Monde (27/01/2010)

 

 

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