Revue "La Décroissance" - juillet 2009

 

La revue "La Décroissance" consacre son supplément de juillet 2009 à un dossier intitulé La décroissance contre Malthus **

Au menu, plusieurs articles assez fournis et globalement à charge contre les idées de décroissance voire simplement de stabilisation de la population humaine.

** On peut se le procurer la revue et son supplément dans les kiosques au prix modique de 2€.
 
En espérant qu'il sera publié dans le "courrier des lecteurs", le mail suivant a été envoyé à la revue La Décroissance:
 
Votre 1° article, « Un débat miné » dont le sous-titre « Pour sauver l’humanité, faut-il sacrifier ce qu’il y a d’humain en nous ? » présente entre autres l’intérêt de poser le problème en termes quasi philosophiques. Son auteur Vincent Cheynet n’est pas loin de penser qu’il existe bel et bien une crise démographique, en atteste cette phrase: « Néanmoins, la surpopulation est une réalité du monde contemporain ». Le problème est qu’il ne voit de remède possible que dans des solutions extrêmes « redevenir des bêtes fauves et décider l’élimination des plus faibles » ou « mettre en place un gouvernement totalitaire et scientifique, lequel déciderait qui et dans quelles conditions a le droit de vivre ou non ». Cela le conduit naturellement à se contenter d’une "simple" décroissance économique.
La réponse à ces propos peut être faite à 2 niveaux:
1) La question ne se pose absolument pas dans les termes évoqués. Pour résoudre le problème de la surpopulation, il "suffirait" que les politiques et les "élites" cessent de verrouiller le sujet et aident à la prise de conscience de leurs concitoyens. On pourrait alors raisonnablement espérer ces derniers limitent d’eux même, c’est-à-dire sans contrainte, leur procréation à deux enfants. Bien évidemment, dans le même temps les pouvoirs publics devraient cesser de subventionner la natalité (là où c’est le cas et particulièrement dans notre propre pays…) et concernant les pays du Sud, il faudrait développer le planning familial, subventionner l’instruction (en particulier celle des femmes) et mettre en place toutes les mesures sociales qui pourraient avoir un effet positif sur le sujet.
2) Maintenant si l’on veut suivre l’auteur dans ses digressions métaphysiques qui sont résumées en gros, par le sous-titre emphatique « La liberté ou la mort » on peut objecter que certaines valeurs qui nous semblent absolues sont en réalité fortement liées à un contexte. Et dans cet ordre d’idée on peut se demander s’il existe un droit à la procréation " illimitée ".
Sur cette notion de valeurs relatives, voici un exemple à méditer:
On peut être un défenseur des animaux, être résolument contre la chasse mais penser qu’on pourrait y recourir si cette dernière était notre seul moyen de survivre.

Le 2° article, de Bruno Clémentin « La maladie infantile de l’écologie » est résumé par sa phrase d’introduction: « Depuis deux siècles, le malthusianisme, malgré ses erreurs et ses fautes politiques (dont l’eugénisme), continue à assaillir certains esprits écologistes qui rêvent d’une planète propre et naturelle, débarrassée de son principal prédateur que serai l’Homme. Manque de bol, Malthus n’a pas toujours vu juste et le débat en cache un autre: la peur du partage ».
- En préambule on pourrait répondre à son auteur qu'il n'est pas particulièrement pertinent de qualifier systématiquement de malthusiens ceux qui appellent à une politique de stabilisation du nombre d'humains présents sur la planète: en effet bien que Marx soit à l'origine d'une théorie qui s'est amplement et durement développée au XX° siècle, qui aurait encore l'idée de traiter de marxistes ceux qui appellent à des mesures sociales radicales? De toute évidence, on peut très bien penser que la planète est surpeuplée sans avoir aucune affection pour le pasteur anglican, sans parler du fait que Condorcet avait déjà abordé ce sujet antérieurement...
- Laissons de côté ces écologistes ultra minoritaires qui voudraient d’une planète sans humains et concentrons nous sur ce qui est appelé plus loin le « pronostic erroné » de Malthus. On lit en autres « que la population n’a été multipliée que par 6 ou 7 depuis 1800 ». Sachant donc qu’on est passé de 1 milliard à près de 7 milliards, on peut s’étonner de ce que, d’autant plus que certains scientifiques avancent la notion de Population Optimale c’est-à-dire celle que la planète peut héberger durablement (sans dommages irréversibles) et que ce nombre serait de 4 et 5 milliards d’habitants…
- Passons sur l'argument de « la peur de manquer » émis par Bruno Clémentin et que ce dernier discrédite en insistant sur le fait que la production a été multipliée par 10, 100 ou plus, ce qui serait même assez savoureux de la part d’un décroissant économique compte tenu du prix exorbitant qu’il aura fallu payer: détérioration des terres arables, épuisement du "capital énergies fossiles", extinctions d’espèces vivantes, réchauffement climatique…
En réalité, cette "peur de manquer" semble tout à fait justifiée, non pour nous mêmes mais pour les générations futures, car c’est un bon garde fou et c'est tout simplement de la gestion prévisionnelle.
- Terminons sur la notion de partage. S’il s’agit de répartir les ressources équitablement parmi les personnes présentes aujourd’hui sur la planète, comment ne pas être d’accord. Mais en fait, il nous est proposé de partager avec des êtres qui continueront à être créés en surnombre du fait d’idéologies natalistes. Face à ce changement de dimension (de la "simplicité volontaire" à l'ascétisme imposé), la moindre des choses serait de demander leur avis aux intéressés: mais peut-être la démarche est-elle trop "risquée"? Un tel discours moralisateur ne cacherait-il pas un déni de démocratie?

Le 3° article « De l’humanisme à l’humanicide » de Paul Ariès , ici encore assez bien résumé par son introduction , « Les non-dits des discours néo-malthusiens et pédophobes se révèlent clairement dans les groupuscules étatsuniens qui prônent ouvertement l’euthanasie générale de l’humanité » est très à charge sur le sujet.
- Passons sur le terme de "pédophobe", dont on pourrait se demander si sa proximité phonétique avec celui [repoussoir] de pédophile n’est pas volontaire et qui ne reflète pas la réalité de la majorité des militants opposés aux politiques natalistes, qui ont la plupart du temps eu un, deux, voire 3 enfants (personne n’est parfait…). Et comment faire coller ce terme au fait que ces personnes appellent à l’attribution d’allocations familiales dès le premier enfant en contrepartie de leur suppression à partir du 3°?
- Remarquons que cet auteur fait surtout référence aux théories les plus extrêmes (Église d’Euthanasia ou Mouvement pour l’Extinction Volontaire de l’Espèce Humaine), mais malheureusement pas aux personnes qui s’expriment de façon mesurée sur le sujet (voir les propos d’Yves Cochet ou le programme de "Démographie Responsable").
- Étonnons-nous de cette phrase « Ces groupes ne sont pas tant dangereux parce qu’ils fantasment sur l’élimination des humains mais parce qu’ils ont pour objectif de désacraliser l’humanité », à laquelle on pourrait répondre qu’au contraire il est très dangereux de fantasmer sur le sujet précité et qu’on ne voit pas ce qui confère à l’humanité un tel caractère "sacré"…
- Quant au postulat (invérifiable et contesté par de nombreux scientifiques, Bruno Parmentier* en tête) que la planète peut nourrir 12 milliards d'humains objectons lui que c’est tout bonnement un pari qui pourrait bien s'avérer suicidaire...

Au final, ce qu’on retiendra surtout de ces articles est que leurs auteurs ont tendance à pratiquer l’exagération systématique mais surtout qu’ils sont tous trois de fervents anthropocentristes** car aucun d'eux ne fait jamais référence à une des raisons fondamentales pour laquelle de plus en plus de personnes pensent que nous sommes trop nombreux sur cette planète: nous sommes en passe d’éliminer un grand nombre des autres espèces vivantes présentes à nos côtés.


*Dans " Nourrir l’humanité " aux éditions La Découverte
**Vincent Cheynet: « L’humain n’est pas un paramètre dont on peut disposer et que l’on peut mettre sur le même plan qu’une automobile ou même un animal ».
Pauvres êtres vivants (dont nous sommes issus) placés derrière les bagnoles…