L'article de Jeune Afrique (JA) est divisé en dix parties et voici quelques commentaires sur les neuf premières:
 
« Quel est le pays le plus peuplé? », JA fait apparaître "l’incohérence" suivante: le pays le plus peuplé (le Nigeria) n’est pas le plus grand. Les causes invoquées sont évidemment la natalité (5,17 enfants par femme) et la pauvreté (90 % des Nigérians vivent avec moins de 2 dollars par jour). La revue est ensuite on ne peut plus claire: « Faire de grandes fratries c’est multiplier le nombre de bras pour nourrir la famille. Mais c’est aussi entrer dans un cercle vicieux. En 2050, les Nigérians seront 289 millions à se partager les ressources nationales. Sur fond de tensions communautaires et à défaut d’un réel développement économique et social, la bombe démographique menace d’exploser au Nigeria*. Lagos, mégapole tentaculaire à l’urbanisation totalement anarchique, incarne à elle seule tous les excès avec ses 10,6 millions d’habitants ».

« Où fait-on le plus d’enfants? », JA nous rappelle que c’est au Niger (7,07 enfants par femme) et qu’il s’agit même du record mondial… « Autre "performance" pour le pays: sa croissance démographique ces prochaines années. Au nombre de 15,3 millions aujourd’hui, les Nigériens devraient être 58,2 millions en 2050. En quarante ans, la population aura été multipliée par 3,8! ». Les guillemets de performance et le point d’exclamation ne sont pas de nous… Et JA d’ajouter: « Cette surnatalité* au Niger, notamment dans la région de Zinder (Sud), a été l’un des facteurs aggravant la crise alimentaire de 2005 ». JA précise ensuite opportunément que « Explosion des naissances ne rime cependant pas toujours avec explosion de la population », puisque par exemple en Somalie « on naît mais on meurt aussi beaucoup ».

« Où en fait-on le moins? », JA répond que c’est en Tunisie et donne ensuite les clés de cette réussite : « L’émergence d’une classe moyenne désireuse d’assurer l’avenir de sa progéniture, des femmes affranchies du joug traditionnel et n’hésitant pas à recourir à la contraception, un accès à la santé en nette amélioration… ».

« Quelle est la nation la plus jeune?», JA écrit ceci: « C’est un chiffre incroyable: 49 % des Ougandais ont aujourd’hui moins de 15 ans! ». Cet état de fait étant dû à la faible utilisation des contraceptifs (24% seulement des femmes mariées les utilisent) et à une espérance de vie limitée.

« Comment le Rwanda peut-il désamorcer sa "bombe démographique*"?», JA, déjà très explicite dans son titre, nous rappelle que ce pays détient le record africain de densité « 375 habitants au km2 – l’équivalent de celle des Pays-Bas, pour un PIB quatre cents fois inférieur. Une pression démographique "nettement excessive", selon le président Kagamé lui-même, qui juge sa régulation "excessivement délicate" à cause des "susceptibilités culturelles, spirituelles et communautaires" des Rwandais ». JA insiste sur « les projections [qui] demeurent inquiétantes*: 22 millions d’habitants en 2050 selon le Fnuap, soit une densité de plus de 700 habitants au km² ». Ce que JA ne nous rappelle cependant pas, c’est que la surpopulation du Rwanda a été une des causes du dernier génocide** qu’a connu le pays...

« La contraception est-elle la solution? », JA écrit cette évidence « Elle fait partie des moyens qui permettent de réduire les naissances et donc la croissance démographique » et fait remarquer que plusieurs spécialistes pensent qu’il faut remédier au fait que la lutte contre le sida a beaucoup occulté la planification des naissances.

« La polygamie explique-t-elle la surnatalité? », faute de statistiques précises, JA ne répond qu’indirectement « l’augmentation des charges de l’époux – ayant plusieurs femmes et de nombreux enfants – peut constituer un obstacle à l’éducation de la fratrie et donc à terme au développement économique ». JA cite ensuite Gilles Pison de l’Ined: « Dès lors que les filles vont à l’école et suivent des études, elles sont moins enclines à accepter ce genre de mariage. Et même en cas de polygamie, elles maîtriseront mieux leur fécondité ».

« La religion joue-t-elle un rôle? », JA répond « Oui et non » puisque l’Islam, le catholicisme et les courants évangélistes sont plutôt natalistes et que les protestants ne le sont pas. Vu le faible nombre de ces derniers, il semblerait tout de même qu’il eut fallu répondre « plutôt oui »…

« Faut-il suivre les exemples chinois et indien? », la réponse est catégorique, c’est « non » pour des raisons éthiques mais aussi parce que des doutes ont même été émis sur son efficacité réelle, et ce par comparaison avec d’autres pays voisins qui n’ont pas suivi cet exemple et qui ont néanmoins vu baisser leur natalité. Sans vouloir en aucun cas cautionner la politique de l’enfant unique, on peut tout de même s’interroger sur la comparaison avec Taïwan et ses 23 millions d’habitants à cause du changement d’échelle et de l'injection des capitaux occidentaux qui ont permis le décollage économique du pays. Par contre le rappel de l’échec de l’Inde montrerait plutôt que la politique contraignante des années 60, de ce pays (semi)démocratique, a peut-être eu un effet inverse.
 
Excellent état des lieux donc, avec des prises de position qui vont dans le sens d'une démographie responsable pour l'Afrique.
 
* C'est nous qui soulignons
** « Rwanda, le génocide, l’Église et la démocratie » de Bernard Lugan

 

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