La situation en Égypte vue par El Watan & l'Expansion

Sous le titre « Une économie plombée par l’explosion démographique, l'Égypte rattrapée par le vent de la révolte », le supplément économique du média algérien El Watan.com écrit :

Comme l’avaient prédit les observateurs du monde arabe, après la Tunisie, l'Égypte est depuis mercredi dernier le second pays d’Afrique du Nord à être gagnée par un vent de révolte populaire.

Le principal facteur qui a généré ce soulèvement populaire n’est autre que le malaise économique et social que vit ce pays.
Mais même si les raisons de cette colère populaire sont quasiment similaires avec celles qui ont alimenté la révolte ayant conduit au renversement du régime Ben Ali en Tunisie, il y a quelques jours, (chômage, pauvreté, refus de la dictature), la situation en Égypte risque d’être plus critique, selon les observateurs, compte tenu des caractéristiques socio-économiques de ce pays dont la population est 7 fois supérieure à celle de la Tunisie. L'Égypte, avec plus de 80 millions d’habitants, est le pays le plus peuplé de l’Afrique du Nord avec une population multipliée par 3,5 en 50 ans et une croissance démographique de 2,03% par an. Cette explosion démographique a des conséquences lourdes pour l'économie du pays. 94,5% du territoire est recouvert par le désert. Dès lors, la population se concentre dans la vallée du Nil, dont la densité moyenne est de 1500 habitants/km², sur 1000 kilomètres de long.

« La surpopulation constitue la source de la plupart des problèmes de l'Égypte », a noté le journal électronique « L'Expansion ». Avec « 4% de croissance par an en moyenne, l’économie égyptienne ne peut subvenir aux besoins de ses habitants. Le chômage, 9% officiellement, est très fort chez les jeunes. Le revenu moyen ne dépasse pas 100 dollars par mois et 30% des richesses sont captées par les 10% plus riches. L’inflation, 12,8% en 2010, affecte largement les conditions de vie des égyptiens ».

Selon le Fonds monétaire international (FMI), l'Égypte prévoit une croissance du PIB de 5,8% en 2011 et de 6 % en 2012, mais estime qu’il faudrait une croissance de 10 % pour régler le problème du chômage surtout avec 700 000 nouveaux entrants sur le marché du travail chaque année. Le pays aurait besoin de créer près de 10 millions de nouveaux emplois au cours des 10 prochaines années, selon les estimations du Fonds. « Un tiers des jeunes ne trouve pas d’emploi », selon les estimations de BNP Paribas cité par le quotidien français, Le Figaro. La Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (Uneca) explique cette situation par le fait qu’«il existe un décalage entre les offres d’emplois des entreprises et le profil des chômeurs ».
 
Le poids du budget militaire et de la dette publique

Pour subvenir à ses besoins, l'Égypte compte notamment sur le tourisme qui représente 11% du PIB et 17% des emplois totaux, de même que sur les services et précisément les nouvelles technologies, un secteur dont les exportations ont rapporté au pays un milliard de dollars en 2010. Il y a également l’aide internationale au développement estimé à plus de 3 milliards de dollars annuellement dont plus de 2 milliards de dollars accordés par les États-Unis et 150 millions d’euros par la France.

Les estimations font ressortir toutefois que la moitié de cette aide va directement au budget militaire. Pendant ce temps, le pays reste dépendant des marchés internationaux pour nourrir la population puisque la moitié des céréales consommées sont importées, alors que, faut-il
aussi le noter, l'Égypte est le plus grand importateur de céréales dans le monde avec une moyenne de 8 millions de tonnes annuellement. Pour alléger le poids de la vie chère, l’État égyptien subventionne certains produits mais « l’aide aux ménages engloutit 30% du budget de l’État », selon les économistes de la banque Nomura. « Conjugué à la charge des remboursements d’une dette publique s’élevant à plus de 70% du PIB, c’est la moitié du budget qui se trouve bloquée par des dépenses incompressibles », souligne Pascal Devaux, économiste chez BNP Paribas, cité par Le Figaro.

Selon la Banque Mondiale, un peu plus de 18% de la population vit avec moins de deux dollars par jour, contre environ 13% en Tunisie et 14% au Maroc, mais ce chiffre global cache « de grandes disparités régionales », rappelle l’organisation internationale. La révolte qui a éclaté a eu un effet immédiat sur la Bourse du Caire dont un vent de panique s’est emparé dès le lendemain du début des manifestations. Jeudi dernier, la Bourse du Caire a perdu 6,2% après seulement 15 minutes d’échanges avant que les échanges ne soient suspendus momentanément. A la clôture, l’EGX 30, l’indice phare de la Bourse du Caire perdait 10,52% à 5646,50 points, son niveau le plus bas depuis octobre 2008. Les deux poids lourds de la Bourse, Orascom Construction et Telecom Egypt, société publique ont perdu respectivement 10,73% et 4,41%.

Le secteur de la télécommunication dans son ensemble a été lourdement touché, alors que les banques, entraînées par la Commercial international Bank (-4,68%), n’ont pas résisté. L’Egyptian Stock Exchange est, avec le Maroc, l’une des plus importantes places financières de l’Afrique du Nord avec 79 milliards de dollars de capitalisations.

Safia Berkouk
 

 

Cet article d'El Watan cite plusieurs fois celui de l'Expansion : L'économie égyptienne asphyxiée par l'explosion démographique

 

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